À différents moments de leur vie en natation, quatre athlètes ont choisi de prendre le temps de redonner à la relève. Et dans leur discours, on comprend que ce geste-là dit beaucoup de ce que le sport leur a apporté, mais aussi de ce que ces athlètes veulent à leur tour transmettre.
Dans le cadre de la Mini coupe, lors de l’activité Nage avec moi, Katerine Savard, Jagdev Gill, Charlotte Brousseau et Billy Cruz ont partagé bien plus que des conseils techniques. À travers leur présence, leurs mots et leur disponibilité, ces athlètes ont surtout offert aux plus jeunes quelque chose de précieux : la possibilité de voir que la natation peut prendre plusieurs formes, mener loin de différentes manières et rester, à chaque étape, une histoire de plaisir, de rêves et de transmission.
Redonner ce qu’on a soi-même reçu
Si ces quatre athlètes ont accepté de prendre part à Nage avec moi, ce n’est pas par hasard. Derrière leur présence, il y a chaque fois une expérience marquante, un souvenir fort ou une envie très claire de transmettre à la relève quelque chose d’important.
Pour Jagdev, ce type d’activité fait directement écho à une expérience vécue dans son enfance, lorsqu’il avait eu la chance de rencontrer Ryan Cochrane. Il se souvient encore de l’effet que cette rencontre avait eu sur lui. À cet âge-là, voir de près un athlète qui avait déjà réalisé ce qui lui semblait immense avait rendu le tout plus réel, plus proche, plus possible. Aujourd’hui, il mesure à quel point ce genre de moment peut compter pour une jeune nageuse ou un jeune nageur.
Katerine, de son côté, parle d’un élan un peu différent, mais tout aussi fort. Avec les années, elle s’est donné une mission : faire rêver les enfants. Elle dit avoir été profondément touchée de constater, en travaillant auprès des jeunes, que plusieurs n’osaient pas vraiment rêver ou se projeter. Pour elle, si une rencontre comme Nage avec moi peut allumer une petite étincelle, donner envie de croire qu’un rêve peut exister, alors l’activité a déjà une immense valeur.
Charlotte aussi revient spontanément à ce qu’elle a elle-même reçu. Plus jeune, elle avait été marquée par la générosité de Katerine Savard, par sa façon de donner de son temps, de partager ses conseils, de rendre les choses accessibles. C’est précisément ce qu’elle veut offrir à son tour. Quant à Billy, on sent la même volonté de redonner, mais aussi un désir très clair de montrer que la natation peut ouvrir bien plus qu’un seul chemin, et mener vers des expériences qu’on n’aurait pas forcément imaginées au départ.
Montrer qu’il n’existe pas un seul chemin
Ce qui rend ce groupe d’ambassadrices et d’ambassadeurs particulièrement inspirant, c’est qu’il ne présente pas qu’une seule manière de réussir en natation.
Katerine apporte le regard de l’olympienne, de l’athlète qui est allée jusqu’au plus haut niveau, mais aussi celui d’une femme qui, aujourd’hui, porte sur son parcours une réflexion très riche.
Si son parcours en paranatation élargit naturellement le regard posé sur le sport, ce qui ressort surtout chez Jagdev, c’est sa manière très simple et très forte de parler du sport, d’aimer nager, de profiter du moment et de ne pas perdre de vue tout ce que la natation peut apporter au-delà des résultats.
Charlotte représente une athlète en pleine progression, au coeur d’un parcours qui se construit encore, avec tout ce que cela demande de travail, de patience et de constance.
Billy, pour sa part, rappelle qu’une carrière en natation peut aussi voyager, se transformer, passer par différents lieux et différents objectifs, sans jamais perdre sa valeur.
Chez les quatre, il y a donc des trajectoires très différentes. Mais ce qui les unit, c’est une volonté très claire de montrer aux plus jeunes qu’il n’existe pas qu’une seule bonne façon d’évoluer dans le sport.
Le plaisir comme point d’ancrage
S’il y a un mot qui revient dans les échanges, c’est sans doute celui-ci : plaisir.
Jagdev insiste beaucoup sur l’importance de continuer à aimer ce qu’on fait. À ses yeux, la natation ne devrait pas être seulement une succession d’objectifs à atteindre. Elle devrait aussi rester un lieu d’amitiés, de plaisir et de moments partagés. Il parle avec beaucoup de simplicité de ce que le sport lui a donné humainement, et de ce qu’il espère voir les jeunes préserver en grandissant dans leur propre parcours.
Charlotte va dans le même sens lorsqu’elle parle des « 3P » qu’elle voulait transmettre : la passion, la persévérance, et surtout le plaisir. Pour elle, une carrière sportive qui repose uniquement sur la performance n’est pas une carrière qui dure. Ce qui permet de tenir dans le temps, dit-elle, c’est le plaisir qu’on arrive à conserver à travers toutes les étapes du processus.
Katerine, elle aussi, revient à cette idée avec beaucoup de conviction. Avant tout, dit-elle, le sport reste un jeu. Et cette notion-là ne devrait jamais être complètement perdue, peu importe l’âge ou le niveau. Même à 30 ans, ajoute-t-elle, on peut encore avoir besoin qu’on nous rappelle de jouer, tout simplement.
Ce que les quatre expriment à leur manière, c’est qu’avant d’être un moteur de résultats, la natation doit pouvoir rester un espace dans lequel on aime être.
Rendre les rêves plus accessibles
Il y a aussi, dans leur discours, une envie très forte de rendre les choses plus concrètes pour les plus jeunes.
Katerine le dit avec beaucoup de franchise : quand elle était enfant, elle aurait aimé, elle aussi, sentir plus tôt que ces rêves-là pouvaient être accessibles. Elle insiste sur le fait que les médailles, les Jeux olympiques ou les grandes performances peuvent sembler très loin quand on les regarde de l’extérieur. Mais lorsqu’on rencontre quelqu’un qui a suivi ce chemin et qui reste profondément humain, le rêve change de nature. Il devient plus tangible.
Elle aime d’ailleurs montrer aux jeunes ses temps lorsqu’elle avait leur âge, justement pour défaire l’idée qu’il faut forcément être exceptionnelle très tôt pour aller loin ou pour avoir le droit de rêver grand. Son parcours dit exactement le contraire : on peut prendre plus de temps, progresser autrement, et tout de même se rendre beaucoup plus loin qu’on l’aurait imaginé.
Charlotte porte un message semblable, à sa façon. Elle veut montrer qu’au-delà des résultats, il y a énormément de travail, de répétition, d’efforts invisibles, mais aussi une accumulation d’expériences qu’on n’aurait pas vécues sans la natation. Le sport lui a permis de voyager, de vivre des moments uniques, de faire des choix qui l’ont construite bien au-delà de la seule performance.
Billy, de son côté, revient lui aussi à cette idée qu’un parcours n’a pas besoin d’être parfaitement linéaire pour avoir du sens. On peut explorer, partir, revenir, changer de cap. Il tient visiblement à transmettre cette liberté-là aux plus jeunes.
Apprendre qu’on est plus que des athlètes
L’un des passages les plus forts ressort particulièrement chez Katerine, lorsqu’elle parle de ce qui arrive après, ou plutôt de ce qu’il faut déjà apprendre pendant la carrière.
Elle raconte avec beaucoup de lucidité à quel point la natation a longtemps été le centre de tout, au point de devenir une part immense de son identité. Et au moment de prendre sa retraite, ce rapport-là à elle-même est devenu plus difficile à porter. Ce qu’elle veut aujourd’hui transmettre aux plus jeunes est précieux : on est toujours plus que le sport. Plus qu’une carrière. Plus qu’un résultat.
Pour elle, il est important que les jeunes apprennent à élargir leur identité, à découvrir d’autres intérêts, à se donner le droit d’exister ailleurs aussi. Non pas pour moins s’investir en natation, mais pour construire quelque chose de plus solide et de plus équilibré autour de leur parcours.
Ce que ces rencontres peuvent laisser
Un moment comme celui-là laisse souvent bien plus qu’un conseil technique. Ce qui marque, parfois longtemps, c’est aussi une parole, une présence, ou la découverte d’un parcours dans lequel on arrive un peu à se projeter.
Les jeunes y découvre qu’une olympienne peut parler de rêves, bien sûr, mais aussi d’identité, d’équilibre et de plaisir. Qu’un paranageur de haut niveau peut mettre des mots sur l’effet de communauté, l’inclusion et les amitié que le sport fait naitre. Qu’une athlète en pleine progression peut rappeler que rien ne se construit du jour au lendemain. Et qu’un nageur au parcours atypique peut montrer qu’on peut faire les choses autrement tout en continuant à grandir dans le sport.
Et surtout, les jeunes voient que derrière les résultats, il y a des personnes qui choisissent de faire de leur parcours quelque chose à transmettre.
Une activité qui prend tout son sens
C’est probablement là que Nage avec moi prend sa pleine valeur. Non pas seulement dans le fait de réunir des athlètes et des jeunes autour d’un bassin, mais dans la qualité de ce qui peut se transmettre quand les ambassadrices et ambassadeurs choisis ont une réelle envie de redonner.
Les quatre athlètes du Nage avec moi ont montré à quel point une rencontre comme celle-là peut laisser une trace. Et l’activité reviendra d’ailleurs cet été dans le cadre du Grand Prix, avec cette même volonté de créer un espace de proximité entre la relève et des ambassadrices et ambassadeurs prêts à partager leur expérience. La Fédération procède d’ailleurs par appel de candidatures pour la sélection des ambassadrices et ambassadeurs, une manière de rassembler des profils variés, portés par une vraie envie de redonner à leur tour.
Au fond, c’est peut-être ce qui rend le projet si inspirant. Il ne repose pas seulement sur la présence d’ambassadrices et d’ambassadeurs connus ou accomplis. Il repose sur autre chose : sur le moment où un parcours devient, pour quelqu’un d’autre, une possibilité.


