En 1976, Nicole Normandin donne son nom comme bénévole aux Jeux olympiques de Montréal, sans se douter que cette expérience marquera le début d’un engagement de plus de 50 ans en natation. Cinq décennies plus tard, elle est toujours là. Toujours impliquée. Toujours portée par la même idée : faire en sorte que les nageuses et nageurs soient bien encadrés, bien accueillis et heureux d’être là.
C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus quand on l’écoute parler. Nicole ne raconte pas son parcours en mettant de l’avant les titres, les sélections ou les compétitions prestigieuses auxquelles elle a participé. Pourtant, elle a été officielle dans de nombreuses compétitions d’envergure nationale et internationale, en piscine comme en eau libre, et continue aujourd’hui encore de jouer un rôle important localement avec le Club aquatique de Montréal (CAMO). Mais quand elle revient au point de départ, ce n’est pas cela qu’elle nomme d’abord. Elle parle des nageuses et nageurs, de ce qu’elle a observé, de ce qu’elle a compris à leur contact, et de ce qu’elle a voulu leur offrir en retour.
Montréal 1976, le début de tout
À l’époque des Jeux, Nicole avait déjà commencé à chronométrer un peu autour des compétitions de sa fille. Mais cette expérience-là a tout changé. Aux Jeux olympiques de Montréal, elle touche à un peu de tout. Elle aide où il faut, observe beaucoup, découvre les coulisses, le rythme, l’ampleur de l’événement. Et surtout, elle regarde les nageuses et nageurs.
Ce qu’elle retient, ce n’est pas seulement la grandeur du moment. C’est aussi tout ce qu’on voit moins facilement de l’extérieur : le stress, la vulnérabilité, la concentration, la charge émotionnelle qui accompagne la performance. Elle comprend alors quelque chose qui ne la quittera plus : autour du bassin, il faut des officielles et officiels compétents, oui, mais aussi des gens profondément humains. Des gens capables de contribuer à une ambiance juste, accueillante, rassurante. Des gens qui sont là, au fond, pour que les nageuses et nageurs vivent bien leur sport.
C’est à ce moment-là qu’elle a compris plus clairement pourquoi elle voulait s’engager, et ce qui allait porter son implication pendant des décennies.
Une même conviction, pendant 50 ans
Chez Nicole, il y a une ligne très claire entre 1976 et aujourd’hui. Les postes ont changé. Les responsabilités aussi. Les contextes ont évolué. Mais une chose, elle, est restée intacte.
Quand elle parle de son rôle d’officielle, elle ne parle jamais seulement de règlements. Elle parle d’accueil. D’ambiance. D’attention aux autres. Elle parle de ces détails qui changent l’expérience d’une compétition, autant pour les nageuses et nageurs que pour les parents, les bénévoles ou les entraineures et entraineurs. Elle croit profondément qu’on peut organiser des compétitions rigoureuses sans perdre le sens de l’accueil, du respect et de l’attention portée aux gens.
Cette façon de voir a guidé tout son parcours. Elle l’a poussée à explorer tous les rôles qu’elle pouvait occuper, à comprendre le fonctionnement global d’une compétition, à vouloir tout connaitre pour mieux servir le milieu. Elle l’a aussi menée loin, jusqu’à des compétitions nationales et internationales, en piscine comme en eau libre. Mais peu importe le niveau, elle revient toujours à la même base : si l’encadrement autour de l’athlète n’est pas bon, quelque chose d’essentiel se perd.
Être là, localement aussi
C’est d’ailleurs ce qui rend son parcours si fort. Nicole n’est pas seulement une officielle d’expérience qui a vu de grandes compétitions. Elle est aussi restée profondément ancrée dans le quotidien du sport.
À CAMO, elle continue d’être très impliquée. Elle est responsable des officielles et officiels depuis longtemps, contribue à la formation, au recrutement, au suivi, à l’accompagnement. Elle joue aussi un rôle important dans l’organisation de compétitions. Même après avoir vu le très haut niveau, elle n’a jamais cessé de s’investir là où la natation se vit, se transmet et se construit jour après jour.
Et c’est peut-être là qu’on comprend le mieux la portée de son engagement. Nicole ne parle pas comme quelqu’un qui accumule les expériences ou les reconnaissances. Elle parle comme quelqu’un qui veut encore être utile. Quelqu’un qui veut encore aider. Quelqu’un qui continue de voir ce qui peut être amélioré, non pour le prestige du système, mais pour que les athlètes, les entraineures et entraineurs, les bénévoles et les officielles et officiels travaillent mieux ensemble.
Le travail d’équipe comme façon de faire
Un mot revient sans cesse dans son discours : équipe.
Pour Nicole, rien ne fonctionne bien seul. Elle insiste beaucoup sur cette idée que les officielles et officiels d’expérience doivent aider les moins expérimentés, que les entraineures et entraineurs doivent pouvoir compter sur les officielles et officiels, et que tout le monde autour du bassin devrait partager une même intention : faire en sorte que la compétition soit la plus juste, la plus sécuritaire et la plus positive possible pour les athlètes.
Ce n’est pas, chez elle, une formule toute faite. C’est une manière très concrète de voir son rôle. Remercier les chronométreuses et chronométreurs. Prendre le temps d’aller voir les gens avant une session. Offrir son aide. Rassurer. Expliquer. Accompagner. Être attentive à l’ambiance autant qu’au déroulement. On comprend, en l’écoutant, que son apport ne tient pas seulement à ce qu’elle sait, mais à la façon dont elle choisit de le mettre au service des autres.
C’est d’ailleurs ce que souligne très bien Jonatan Lacharité, qu’elle a mentoré au fil des années : « Nicole est une femme de coeur et une officielle dévouée depuis toujours. En bassin comme en eau libre, elle tient profondément au bien-être et à la sécurité de tous les nageurs. Au cours de sa carrière, Nicole a été la mentore d’un nombre impressionnant d’officiels, et ce n’est pas terminé. Son franc-parler bienveillant et la justesse de ses commentaires font d’elle une mentore extrêmement appréciée. Son énergie et son leadership rassembleur sont dignes d’admiration. »
À travers cette reconnaissance, on comprend encore mieux ce que Nicole a semé autour d’elle. Son apport ne tient pas seulement à son expérience ni aux compétitions auxquelles elle a participé. Il tient aussi à tout ce qu’elle a transmis, patiemment, à celles et ceux qui ont croisé sa route.
Une présence qui a traversé les générations
Au fil des années, Nicole a vu grandir des générations entières au bord du bassin. Sa présence a accompagné bien des parcours, et sa trace est restée dans la mémoire de plusieurs.
Parce qu’au fond, son parcours ne raconte pas seulement une fidélité exceptionnelle à la natation. Il raconte aussi la trace qu’une personne peut laisser, année après année, simplement en étant là comme il faut. En prenant son rôle au sérieux. En restant curieuse. En continuant d’apprendre. En choisissant pendant 50 ans de se mettre au service des autres et du sport qu’elle aime.
C’est peut-être aussi pour cela qu’elle continue. Même après toutes ces années, Nicole ne parle pas de la natation comme de quelque chose qu’elle aurait fait, mais comme de quelque chose qu’elle vit encore pleinement. Elle n’a pas fini, non plus, de redonner à un milieu qui l’inspire encore.
Dans une année où la natation québécoise souligne les 50 ans des Jeux olympiques de Montréal, le parcours de Nicole Normandin prend une résonance particulière. Parce qu’il relie directement cette mémoire-là au présent. Et parce qu’il rappelle qu’au-delà des grands événements, ce sont aussi les personnes qui restent, qui transmettent et qui continuent de croire au sens de leur engagement qui font durer le sport.
Nicole Normandin n’incarne pas seulement plus de 50 ans d’implication. Elle incarne une certaine façon d’être en natation : rigoureuse, généreuse, profondément humaine, et toujours tournée vers les autres.


