L’histoire de Rebecca McGrath n’est pas seulement celle d’une nageuse : c’est celle d’une jeune femme qui a dû se battre pour revenir à ce qu’elle aime. Nageuse depuis l’enfance, profondément attachée à l’eau et à la discipline qu’elle lui apporte, elle a vu son monde basculer lorsque l’anorexie l’a forcée à s’arrêter. Pourtant, au cœur de cette épreuve, la natation est restée son fil conducteur, l’objectif qui l’a aidée à se reconstruire. Ce qu’elle a rebâti ensuite, pas à pas, longueur après longueur, dépasse largement le cadre sportif. Aujourd’hui, son retour dans le bassin et ses performances impressionnantes témoignent d’une résilience rare et d’un attachement profond à son sport.
Quand Rebecca repense à ses débuts, l’histoire semble simple : un été à la piscine extérieure, quelques sauveteurs qui l’encouragent à essayer une pratique plus structurée, puis un essai à un événement du Club Aquatique de Pointe-Claire. Elle a tout de suite pris goût à la discipline… et elle est restée. Les entrainements, les ami·es, les entraineur·es : tout l’y ramenait. « J’ai vraiment adoré la natation, alors j’ai continué », résume-t-elle avec le naturel qui la caractérise.
Pendant des années, la piscine est devenue son lieu d’équilibre. Jusqu’à l’année 2024, où tout a basculé.
La maladie l’a forcée à tout arrêter et elle a été hospitalisée pendant un mois. « C’était pas un choix que j’avais fait pour moi-même. Si j’avais pu, j’aurais continué de nager », confie-t-elle. À ce moment-là, tout semblait suspendu. Elle savait qu’elle voulait revenir, mais son corps avait d’autres priorités : guérir.
Ce qu’elle ne pouvait pas perdre, pourtant, c’était son lien avec la natation. « Honnêtement, ça m’a sauvé la vie parce que ça me donnait un objectif pour continuer à me sentir mieux. » L’eau restait là, comme une promesse : celle d’un retour possible, même lointain.
Revenir autrement
Son retour s’est fait pas à pas, par petites victoires. Humble. Progressif. Une demi-heure de yoga. Puis un premier 30 minutes dans l’eau. Puis une heure. Puis deux. « Chaque petite étape était un accomplissement. Je me souviens, après ma première pratique de deux heures, j’ai donné un énorme high five à mon coach », raconte-t-elle. Autour d’elle, les entraineur·es et les ami·es ne regardaient pas les chronos : ils regardaient les progrès. L’effort. Le courage.
« Tout le monde était fier de moi, et moi aussi j’étais fière de moi. »
Ces petits moments, ces petites victoires, ont reconstruit Rebecca de l’intérieur.
Quand elle est revenue à un niveau comparable — puis supérieur — à celui qu’elle avait avant sa maladie, elle a senti qu’un seuil avait été franchi. « Je faisais déjà des petits records personnels. Je voyais que j’étais une meilleure nageuse que j’étais avant. » Une meilleure athlète, oui. Mais aussi, surtout, une personne plus forte.
McGill, un nouveau départ
Elle y connaissait déjà l’entraineur-chef, Peter Carpenter. « Il savait déjà ce qui était en train d’arriver, sans que j’aie besoin de tout expliquer. Il avait beaucoup de confiance en moi. »
Cette confiance-là, à ce moment précis, a compté plus qu’elle ne le dira jamais.
Aujourd’hui, Rebecca évolue pleinement dans sa première année d’études en psychologie, tout en retrouvant la constance et la joie de l’entrainement. Elle a participé à la Coupe du Monde de World Aquatics à Toronto, signé des records personnels à la Coupe du Québec à la fin novembre et continue d’élever sa progression, semaine après semaine. Chaque compétition devient un terrain d’entrainement où elle évolue et impressionne par ses résultats.
Pourquoi nager ?
Quand on lui demande ce que représente la natation pour elle, Rebecca marque une pause. Elle cherche les bons mots, mais la sincérité arrive avant la formulation parfaite : « La piscine, c’est l’endroit où je me sens bien. C’est là où je peux juste faire quelque chose que j’adore, sans amener tout le reste avec moi. »
Elle parle de paix, d’équilibre, de structure. De ce sport qui lui permet « de devenir une meilleure personne ». De cette manière que l’eau a de tout remettre à niveau — les doutes, les pensées, les attentes. Dans le bassin, il ne reste qu’elle, son souffle, et l’effort qu’elle est prête à donner.
Regarder devant
Aujourd’hui, Rebecca avance avec une confiance qu’elle a elle-même reconstruite. « J’aimerais juste continuer à progresser. Il y a toujours de la place pour s’améliorer », dit-elle. Pas de pression, juste l’envie d’aller un peu plus loin, peut-être vers des compétitions plus importantes, peut-être vers de nouveaux défis.
Lorsqu’on lui demande ce dont elle est la plus fière, elle ne cite pas un temps, ni un résultat. « Ma mentalité. Je suis plus forte qu’avant. » Une force endurcie par des efforts patients et une volonté de revenir de guérir.
Son histoire est celle d’une reconstruction solide, honnête, ancrée dans la passion véritable d’un sport qui l’a aidée à tenir debout.
Rebecca a retrouvé le chemin de l’eau. Et, avec lui, le chemin vers elle-même.
Crédit photo : Matt Garies



